Charges freelance : les vrais pourcentages par statut (2026)
Tu te lances en freelance, tu tapes “charges freelance” sur Google, et là c’est le festival : un site te dit 22%, l’autre 45%, un troisième te sort 82% de cotisations. T’as l’impression que tout le monde se contredit.
Normal, personne ne te montre le calcul complet.
Le vrai sujet, c’est pas juste les cotisations sociales. C’est sociales + fiscales + frais pro, le tout combiné, statut par statut, avec des vrais montants en euros. Pas des fourchettes vagues, des chiffres concrets.
Dans cet article, tu vas voir exactement ce que tu paies en micro-entreprise, en EURL et en SASU, avec des simulations à 30k, 50k et 80k de CA. De quoi enfin comparer pour de vrai.
Charges sociales : ce que tu reverses à l’URSSAF

C’est le gros morceau. Celui que tout le monde sous-estime au départ.
Quel que soit ton statut, tu vas reverser une partie de ce que tu gagnes en cotisations sociales. Maladie, retraite, CSG-CRDS, formation pro. La vraie question, c’est combien.
Micro-entreprise : 21,2 à 25,6 % de ton CA
Le plus simple, le plus lisible. Tu payes un pourcentage fixe de ton chiffre d’affaires, point final.
Si tu fais des prestations de services (BIC), c’est 21,2 %. Si t’es en profession libérale (BNC), ça monte à 25,6 % selon economie.gouv.fr. Ajoute 0,1 à 0,3 % de contribution formation pro en sus.
Ce taux unique couvre tout : maladie, retraite, allocations, CSG-CRDS. Pas besoin de calculer 15 lignes différentes.
Et le meilleur dans tout ça ? Pas de CA, pas de charges. Zéro. C’est exactement pour ça que je suis moi-même en micro-entreprise. Tu débutes sans pression. Pour l’impôt sur le revenu, tu bénéficies en plus d’un abattement forfaitaire (50 % en BIC, 34 % en BNC) sur ton CA. Si tu veux creuser ce statut, j’ai écrit un guide complet de l’auto-entrepreneur freelance qui détaille tout.
EURL : autour de 45 % de ta rémunération
Là on change de monde. En EURL, t’es TNS (Travailleur Non Salarié), et tes cotisations sont calculées sur la rémunération que tu te verses, pas sur ton CA.
Concrètement, compte environ 45 % de ta rémunération nette d’après les barèmes officiels de l’URSSAF. Tu te verses 3 000 € net, tu payes ~1 350 € de cotisations en plus.
L’avantage : tu déduis tes charges réelles (bureau, matos, logiciels). Le piège : même si tu te verses zéro euro, t’as des cotisations minimales d’environ 1 200 €/an. Faut le savoir avant de foncer.
SASU : 82 % sur ton salaire brut
Tu veux la meilleure protection sociale ? Faut payer le prix fort.
En SASU, t’es assimilé-salarié, régime général. Les charges grimpent à environ 82 % du salaire brut : ~44 % de cotisations patronales + ~23 % de cotisations salariales. Pour 1 000 € net dans ta poche, ton entreprise débourse presque 1 820 €.
Alors pourquoi choisir ce statut ? Parce que tu peux te verser des dividendes à la flat tax de 30 %, ce qui change complètement l’optimisation. Et parce que c’est le seul statut qui t’ouvre potentiellement droit au chômage. Le plus protecteur, mais de loin le plus gourmand en cotisations.
Impôts, CFE, TVA : les charges fiscales qui s’ajoutent
Les cotisations sociales, c’est pas la seule ligne qui plombe ton résultat. Le fisc aussi veut sa part, et pas qu’un peu.
Impôt sur le revenu et versement libératoire
En micro-entreprise, t’as deux options pour l’impôt sur le revenu.
La première, c’est le versement libératoire. Tu payes 1% à 2,2% de ton CA en plus de tes cotisations, et c’est réglé. Pas de mauvaise surprise en septembre, pas de régularisation qui fait mal. Pour en bénéficier, ton revenu fiscal de référence doit rester sous un certain plafond.
La deuxième, c’est le barème progressif classique. Ton bénéfice après abattement (34%, 50% ou 71% selon ton activité) rentre dans le calcul de l’IR avec tes autres revenus. Le prélèvement à la source s’applique via des acomptes mensuels ou trimestriels.
En EURL à l’IS ou en SASU, c’est différent. Ta société paye l’impôt sur les sociétés : 15% jusqu’à 42 500€ de bénéfice, puis 25% au-delà. Et quand tu te verses un salaire ou des dividendes, tu repasses à la case IR.
CFE et TVA : les oubliés du calcul
Tu croyais que t’avais fait le tour ? Raté.
La CFE, c’est une taxe locale que chaque commune fixe librement. Résultat : ça va de 200€ à plus de 7 000€ selon où t’es installé. Bonne nouvelle, t’es exonéré la première année civile d’activité, et aussi si ton CA reste sous 5 000€. Pour connaître ta situation exacte, selon impots.gouv.fr, c’est ton lieu d’exercice qui détermine le montant.
Côté TVA, tu bénéficies de la franchise en base tant que ton CA ne dépasse pas les seuils de franchise de TVA : 37 500€ pour les services, 85 000€ pour la vente. Au-delà, tu collectes 20% de TVA sur tes factures, mais tu déduis celle de tes achats pro.
Ces deux charges s’ajoutent aux cotisations sociales. Et combien de freelances les oublient dans leur calcul de rentabilité ? Beaucoup trop.
Les frais pro que personne ne met dans le calcul
Les cotisations sociales, les impôts, tout le monde en parle. Mais y’a une couche de charges freelance que la majorité oublie complètement dans son calcul : les frais professionnels.
Voici ce que tu dois budgeter chaque mois :
- Mutuelle : 50 à 100 €/mois (obligatoire, quel que soit ton statut)
- RC Pro / assurance : 20 à 50 €/mois selon ton activité
- Comptable : 80 à 150 €/mois en EURL/SASU, ~20 €/mois en micro
- Logiciels et outils (facturation, CRM, cloud) : 50 à 150 €/mois
- Coworking : 200 à 400 €/mois si tu bosses pas chez toi
Additionne tout ça. T’arrives facilement à 400 à 850 € par mois de frais pro. Compte entre 5 et 15 % de ton CA selon ton setup.
Le piège en micro-entreprise : ces frais ne sont pas déductibles. L’abattement forfaitaire est censé les couvrir, mais si tes frais réels dépassent cet abattement, tu paies des cotisations sur de l’argent que t’as déjà dépensé. En EURL ou SASU, chaque euro de frais pro est déductible du bénéfice.
C’est exactement pour ça que tu dois bien gérer ta trésorerie freelance dès le départ. Sans vision claire sur tes frais réels, tu choisis le mauvais statut, et tu perds de l’argent tous les mois.
Combien tu gardes vraiment : le tableau qui tranche

Tout le monde te balance des taux de cotisations, mais personne te montre le résultat final. Combien il te reste en fin d’année, une fois que t’as payé tes cotisations sociales, tes impôts et tes frais pro ? Voici les chiffres concrets pour trois niveaux de CA, trois statuts. C’est approximatif, mais c’est honnête.
À 30 000 € de CA annuel
| Micro-entreprise (BNC) | EURL (IS) | SASU (IS) | |
|---|---|---|---|
| CA annuel | 30 000 € | 30 000 € | 30 000 € |
| Cotisations sociales | ~7 700 € (25,6%) | ~10 000 € (~45% sur rémun.) | ~13 500 € (~82% sur salaire) |
| Impôts (IR/IS) | ~1 500 € | ~2 000 € | ~1 500 € |
| Frais pro estimés | ~2 000 € | ~2 000 € (déductibles) | ~2 000 € (déductibles) |
| Net approximatif | ~18 800 € | ~16 000 € | ~13 000 € |
| % gardé | ~63% | ~53% | ~43% |
À 50 000 € et 80 000 € de CA annuel
| CA annuel | Micro-entreprise (BNC) | EURL (IS) | SASU (IS) |
|---|---|---|---|
| 50 000 € | ~31 500 € net (63%) | ~27 500 € net (55%) | ~22 500 € net (45%) |
| 80 000 € | ~48 000 € net (60%) | ~45 600 € net (57%) | ~38 400 € net (48%) |
À 80 000 € en micro, t’es quasiment au plafond BNC de 77 700 €. Faut anticiper le dépassement, sinon tu changes de statut dans l’urgence.
Ce que ce tableau te dit vraiment
La micro-entreprise gagne à tous les niveaux de CA pour un freelance sous 77 700 €. Moins de charges, zéro comptabilité obligatoire, un taux fixe et proportionnel. Le pourcentage gardé reste stable quel que soit ton CA. En EURL et SASU, le ratio s’améliore quand le CA monte, parce que les cotisations minimales et les frais fixes pèsent moins lourd.
La SASU, c’est le statut qui te coûte le plus cher en cotisations. T’as la couverture du régime général, mais tu paies le prix fort. L’EURL se place entre les deux, avec une vraie marge de manoeuvre sur l’optimisation rémunération/dividendes quand le CA décolle.
Petite nuance importante : en première année, le dispositif ACRE de Bpifrance te divise les cotisations par deux. Sur un CA de 30 000 € en micro, ça te fait passer de 63% à presque 75% de net gardé. Faut en profiter.
Ces chiffres sont des ordres de grandeur. Ton vrai net dépend de ta situation perso, ton foyer fiscal, ta commune pour la CFE, tes frais réels. Pour poser des bases solides, commence par calculer ton TJM en tenant compte de toutes ces charges avant de choisir ton statut.
Ce que tout le monde demande
Quel pourcentage mettre de côté en freelance ?
En micro-entreprise, mets de côté environ 30 à 35% de ton CA pour couvrir cotisations et impôts. En EURL, compte plutôt 50%. En SASU, t’es sur du 55 à 60% parce que t’as les charges patronales et salariales qui s’empilent. C’est une marge de sécurité pour dormir tranquille, pas un chiffre gravé dans le marbre.
L’ACRE change quoi sur les charges la première année ?
L’ACRE réduit tes cotisations sociales d’environ 50% la première année. Concrètement en micro BNC, ça fait passer tes cotisations de 25,6% à environ 12,8%, c’est pas rien. Attention, depuis juillet 2026 l’exonération baisse et passe de 50% à 25% de réduction. Faut en profiter tant que c’est encore intéressant.
Micro-entreprise ou portage salarial : qu’est-ce qui coûte moins cher ?
La micro-entreprise coûte beaucoup moins cher en charges, environ 25-26% du CA contre 50% en portage salarial. Le portage c’est ~10% de frais de gestion + ~45% de charges, tu gardes environ la moitié de ton CA facturé. L’avantage du portage c’est la protection (chômage, mutuelle incluse), pas le coût, t’as tous les détails dans notre guide complet du portage salarial.
Les charges freelance, c’est pas un sujet sexy. Mais c’est le sujet qui décide si tu vis bien de ton activité ou si tu galères à boucler tes mois.
Retiens l’essentiel : en micro-entreprise, tu gardes environ 60 à 65% de ton CA. En EURL, autour de 55%. En SASU, t’es plus proche de 45%. Tout le reste, c’est de l’optimisation selon ta situation perso.
Le vrai move maintenant, c’est de poser tes chiffres à plat et de choisir le statut qui te laisse le plus dans la poche. Pas celui que ton pote t’a recommandé, celui qui correspond à ton CA et à tes frais réels.